Arrêter de fumer fait grossir

J’ai peur de grossir en arrêtant de fumer

➜ Cet article “J’ai peur de grossir en arrêtant de fumer” est la suite de l’article Je n’ai pas assez de volonté pour arrêter de fumer.


Arrêter de fumer fait grossir… ?

La question de la prise de poids à l’arrêt de la cigarette est l’une des plus grandes manipulations de l’industrie du tabac.

L’idée est que si on répète un mensonge suffisamment souvent, les gens finissent par le prendre pour la vérité.

Si quelqu’un croit qu’un comportement va très probablement se mettre en place, bien souvent il se permet de le faire.

La plupart des études indépendantes sur le sujet nous disent que l’impact de l’arrêt du tabac sur le poids est assez minime. La majorité des personnes, lorsqu’elles ne perdent pas de poids ou ne stagnent pas, prennent moins de 3 kg suite à l’arrêt de la cigarette1.

Mieux, selon la même étude, si l’alimentation n’est pas modifiée et que la personne avait un poids stable avant ce changement, la variation de poids oscille entre +3kg et … -3kg !

On retrouve ce genre de variations de poids dans la vie de tout le monde, parfois en fonction des saisons, sans forcément avoir modifié quoi que ce soit à ses habitudes. Si l’on observe le poids des fumeurs à un instant T, puis 6 mois après, sans qu’ils aient arrêté, nous aurons des personnes qui auront grossi, et d’autres qui auront perdu du poids. Donc pourquoi le mettre sur le dos de l’arrêt de la cigarette, si ce n’est parce que cela nous arrange ?

Notez-le : certaines personnes perdent du poids en arrêtant de fumer !

Certaines personnes perdent du poids en arrêtant de fumer !

Ceci grâce au fait que la perte de goût et d’odorat liée à la cigarette entraîne le fumeur à rechercher des nourritures plus fortes en goût et donc souvent plus riches. Retrouver un goût et un odorat normaux les aide à perdre cette appétence et à retrouver une alimentation plus saine.

Par ailleurs si la cigarette avait un effet amaigrissant, on pourrait s’attendre à ce que plus les personnes fument, plus elles soient minces. Or c’est tout l’inverse que nous montre une étude de 2008 de l’American Society for Clinical Nutrition2 : plus on fume, plus les risques d’obésité augmentent.

Alors, comment se fait-il que nous ayons tous entendu parler de personnes qui aient grossi de dix kilos, voire plus, suite à l’arrêt de la cigarette ? Ce qui, a juste titre fait que certains ont peur de grossir en arrêtant de fumer.

Revenons à la manipulation psychologique de l’industrie du tabac. Pendant des années, pour décourager les personnes d’arrêter de fumer, les industriels ont communiqué sur la prise de poids consécutive à l’arrêt du tabac.

Or, ce n’est pas parce qu’une prise de poids a lieu suite à un arrêt du tabac, qu’elle lui est due.

Il y a certes un lien de corrélation, mais pas forcément de causalité.

Corrélation n’est pas causalité

Pour prendre un exemple, ce n’est pas parce qu’un chien a aboyé et qu’un avion est passé dans le ciel juste après, que ce chien a un pouvoir sur le trafic aérien !

Il y a un lien temporel entre les deux, mais il n’y a aucun rapport.

L’industrie a également suggéré de manière subtile l’effet amincissant des cigarettes, avec notamment les fameuses « slim3 ».

Alors, à force de nous la rabâcher, cette idée a fini par rentrer dans l’inconscient collectif. Quand on arrête de fumer, on grossit. Cela devient une issue permise car de notoriété publique. C’est devenu une prophétie auto-réalisatrice. Du coup, beaucoup ont peur de grossir en arrêtant de fumer

Je veux mettre en lumière ici que certaines personnes se permettent (parfois inconsciemment c’est vrai) de manger davantage suite à l’arrêt du tabac uniquement parce qu’elles pensent que ce comportement est normal.

Le lien avec la grossesse

C’est exactement le mécanisme chez certaines femmes lors de la grossesse.

C’est un moment de la vie où il est normal et naturel de prendre du poids.

On parle également de « manger pour deux », des envies de femme enceinte qui peuvent survenir, sans parler du mot même : « grossesse » …

Tous ces éléments incitent certaines personnes à s’emparer de ce discours et à céder à toutes les envies qu’elles ressentaient déjà avant, mais qu’elles parvenaient très bien à maîtriser avant leur grossesse.

Et si on mange trop, on grossit.

Certaines femmes peuvent ainsi prendre jusqu’à 35 kg pendant une grossesse, tout en l’expliquant d’un : « pas de chance, quand je suis enceinte, je grossis énormément ».

La réalité est que si l’on a grossi à ce point là, c’est qu’on s’est permis bien des excès.

Le mythe de la compensation

Mettez-vous bien dans la tête qu’il n’y a pas de phénomène de compensation systématique ! Mais si vous décidez d’en mettre un en place, rien ne vous en empêche. C’est d’ailleurs ce que font ceux qui arrivent à grossir en arrêtant de fumer.

Une étude menée en 2012 aux États-Unis4 auprès de plus de 12000 personnes a montré qu’au bout de 10 ans, les personnes qui ont arrêté de fumer font en moyenne le même poids que celles qui ont continué.

Il n’y a pas de lien entre nourriture et cigarette

Si vous ne voulez pas prendre de poids et que vous souhaitez garder la même silhouette, ne changez tout simplement pas votre alimentation.

Compenser est la manifestation d’une relation déséquilibrée à la nourriture qui existe indépendamment de la cigarette. Si cela se produit, il y a peut-être également un travail à faire sur ce plan.

Si la cigarette permettait vraiment de perdre du poids ou de le stabiliser, on n’observerait pas un lien aussi étroit entre obésité et consommation de cigarettes. C’est pourtant ce que montre une étude américaine de 2003 publiée dans le Journal of the American College of Cardiology5. Lorsqu’on ne respecte pas son corps, c’est souvent à plusieurs niveaux. La consommation de tabac crée ainsi un déséquilibre hormonal qui conduit d’abord à l’accumulation de graisse au niveau de la ceinture abdominale puis à une résistance à l’insuline.

Arrêter de fumer ne fait pas grossir

Arrêter de fumer ne fait pas grossir, voilà ce qu’il en est réellement. Inutile donc d’avoir peur de grossir en arrêtant de fumer.

Vous avez aussi peut-être entendu parler du mythe selon lequel la cigarette serait un coupe-faim. Sachez que les études sur la question sont contradictoires.

Si certaines personnes indiquent qu’il y aurait un tel effet6, d’autres disent le contraire voire mentionnent des pertes de poids consécutivement à l’arrêt7 8.

Fait intéressant, celles faisant état d’un effet coupe-faim indiquent qu’il est vraiment minime. A la fois dans son intensité et dans sa durée. Selon ces études, l’effet de la nicotine serait « coupe-faim » car elle aurait une action sur la sécrétion de dopamine. Mais cet effet est très modeste.

Insuffisant donc pour réguler son poids.

Fumer n’aide pas à perdre du poids… Jusqu’au moment où un cancer se déclare. Là, oui, effectivement…

Mais quand bien même, si vous prenez quelques kilos, aussi terrible que cette perspective soit pour vous, ce sera toujours moins grave que ce qui va advenir si vous continuez à fumer.

De la graisse, cela se perd et il y a des méthodes équilibrées qui peuvent vous permettre de retrouver un poids de forme durablement.

En revanche, une tumeur… c’est plus compliqué à éradiquer et les conséquences d’un AVC aussi.

Aussi, ayez le sens des priorités. Retrouvez d’abord votre liberté. Puis, si vous ne maigrissez pas ou ne maintenez votre silhouette, vous aviserez.


Sources et notes

1 2008, Consequences of smoking for body weight, body fat distribution, and insulin resistance, Arnaud Chiolero, David Faeh, Fred Paccaud, and Jacques Cornuz, American Society for Clinical Nutrition

2 Voir note article précédent.

3 « Slim » veut dire « mince » en anglais.

4 2012, S Veldheer, J Yingst, J Zhu, J Foulds Ten-year weight gain in smokers who quit, smokers who continued smoking and never smokers in the United States, NHANES 2003-2012

5 2003, J Am Coll Cardiol, Reaven G, Tsao PS. Insulin resistance and compensatory hyperinsulinemia: the key player between cigarette smoking and cardiovascular disease? ; 41(6):1044–7.

6 1991, Acute effects of nicotine on hunger and caloric intake in smokers and nonsmokers, Perkins KA1, Epstein LH, Stiller RL, Fernstrom MH, Sexton JE, Jacob RG, Solberg R, Psychopharmacology (Berl). 1991;103(1):103-9.

701/2010, Smoking Cessation and Weight Loss After Chronic Deep Brain Stimulation of the Nucleus Accumbens, Mariska Mantione et al. Neurosurgery, Volume 66, Issue 1, 1 January 2010, Pages E218

8 04/1994 , Acute effects of tobacco smoking on hunger and eating in male and female smokers, Perkins KA et al., Apr;22(2):149-58.


➜ Cet article est un extrait du livre : Arrêter de fumer n’a jamais été aussi facile !

➜ Pour lire la suite :

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